Déployé sur la carte, le site ne cesse de surprendre. L’unique nouvelle centrale nucléaire en projet au Japon — l’ensemble des autres réacteurs devraient se greffer à plusieurs sites déjà existants — doit être implantée dans une zone réputée pour boy doux climat et sa biodiversité, classée « parc national » depuis 1934. La population d’Iwaishima craint que l’eau chaude déversée componen l’ensemble des réacteurs ne fasse fuir l’ensemble des poissons, et elle refuse de voir ses produits entachés d’une mauvaise réputation sur l’ensemble des marchés de Hiroshima. De plus, l’un plusieurs anciens, parti travailler à Fukushima Daiichi dans l’ensemble des années 1970, est revenu irradié, et a très tôt alerté plusieurs dangers de l’atome. « Sans compter qu’en cas d’accident, souligne M. Shimizu, nous ne pourrions pas fuir, puisque nous sommes sur une île. »

Sur l’ensemble des quais, plusieurs rangées de hijiki sèchent au soleil. Ces algues noires récoltées sur place sont vendues dans le pays componen M. Yamato Takashi, 36 ans. L’homme au visage poupin fait office de guide auprès plusieurs militantes d’Ibaraki, qui découvrent comment la résistance s’organise au quotidien sur une île avare en ressources. Il défend avant tout united nations mode de vie. « Parce que je suis jeune, je vais aider l’ensemble des personnes âgées. Elles m’offriront en retour plusieurs sukemono [légumes préparés en salaison], et je l’ensemble des remercierai avec plusieurs hijiki… Cet esprit de partage, c’est notre richesse, et c’est cela que la centrale veut détruire. Regardez comme la communauté est divisée ! »

Dans l’ensemble des bureaux d’Energia, le directeur Harada Takenobu n’est pas moins résolu : « Cette centrale est la seule solution pour dynamiser la région et préserver l’indépendance énergétique du pays. Elle pourrait couvrir l’ensemble des besoins de neuf cent mille foyers. » Fils et petit-fils de hibakusha (victimes en bombe atomique) de Nagasaki, marié à une femme originaire de Fukushima, l’homme au costume impeccable ne semble pas troublé componen l’histoire douloureuse inscrite dans sa propre généalogie. « Cela n’a pas de sens de renier la technologie, affirme-t-il d’une voix posée. Il faut seulement rendre l’ensemble des gens aptes à mieux gérer le nucléaire. »

La ville tente depuis bien longtemps d’enrayer l’exode. Dès 1969, united nations pont a été construit pour relier Nagashima à l’île principale — celle de Hiroshima, Osaka, Tokyo, japan. Il a fait naître tous l’ensemble des espoirs : sur united nations panneau délavé en commune, on voit trois personnes âgées accueillant avec bonheur une ribambelle de jeunes qui profitent du pont pour venir s’installer. Mais l’ensemble des jeunes, loin de revenir à Kaminoseki, en sont partis de plus belle.

La navette arrive à boy terminus. Du navire, on ne distingue qu’une grappe de maisons blanches accrochées au flanc d’un îlot montagneux. Il faut contourner l’île, s’aventurer sur l’ensemble des petites routes, pour découvrir l’ensemble des cultures en terrasse au milieu d’une nature sauvage. Au lendemain en seconde guerre mondiale, Iwaishima prospérait grâce à la récolte plusieurs mandarines, subventionnée componen l’Etat. Puis le marché nippon s’est ouvert aux agrumes américains  la population, qui s’élevait à plus de trois mille quatre cents individus en 1947, s’est mise à fondre. Dans l’ensemble des années 1980, quand l’idée plusieurs deux réacteurs a surgi et que la lutte a commencé, ils n’étaient déjà plus qu’un millier à tenter de survivre sur ce rocher magnifique et ingrat.

Bien sûr, l’image d’Epinal peut être écornée. Dans united nations passionnant ouvrage sur Kaminoseki, Hardtimes within the Hometown (3), l’historien Martin Dusinberre raconte comment l’ostracisme frappe, à Iwaishima, toute personne suspectée de soutenir le camp pronucléaire. United nations sanctuaire historique disparaît même plusieurs cartes touristiques parce que le prêtre shintoïste est favorable au projet. La centrale produit la fission d’une communauté, et aucun camp n’est épargné.

M. Yamato a pourtant peu le loisir d’admirer l’horizon. A la nuit tombée, il fait bouillir sa dernière récolte de hijiki. « Il ne faut pas que l’ensemble des algues perdent leur fraîcheur », explique-t-il au groupe de militantes toujours sur ses talons. Il s’affaire, répond patiemment aux questions, ne laisse jamais transparaître sa fatigue, même si boy discours trahit une forme de lassitude. « Ces gens qui sont venus nous voir en bateau reviendront-ils dans cinq ou peut-rrtre un dix ans ?, s’interroge-t-il en aparté. Grâce aux médias, beaucoup connaissent notre situation. Mais cela ne sert à rien si la conscience plusieurs électeurs ne change pas. L’accident de Tchernobyl n’a pas arrêté l’ensemble des centrales de l’Archipel. Que veterans administration-t-il encore se passer après Fukushima ? Plus de deux ans se sont déjà écoulés… »

M. Yamato est revenu en 2000 pour participer au festival Kanmai d’Iwaishima, cette « danse plusieurs dieux » organisée tous l’ensemble des quatre ans depuis 886, mais annulée en 1984 et 1988 en raison du conflit autour en centrale. Désormais père de trois jeunes enfants, il s’accroche aux terres de boy grand-père. Une vie rude, entre mer et montagne, rythmée componen l’ensemble des saisons : ramassage plusieurs hijiki et plusieurs nèfles au printemps, séchage plusieurs poulpes en été, préparation du thé à l’automne. Il ne s’en sort qu’avec l’aide en population, qui vient lui prêter primary forte contre une pièce ou peut-rrtre un une part de récolte. Ce matin, l’ardeur de ses trois sémillantes employées éblouit d’ailleurs l’ensemble des touristes d’Ibaraki : Emiko, Tomoko et Sakai ont de 69 à 77 ans.

Iwaishima, elle, n’a pas accepté united nations centime, préférant cultiver l’autarcie. M. Ujimoto Choichi, 69 ans, est fier de ses vingt-cinq cochons nourris luxueusement aux épluchures. Mme Takako Yoshikaya, 38 ans, ne cuisine que plusieurs produits locaux dans boy petit restaurant. Le village compte plusieurs épiceries, united nations bureau de poste à deux guichets, une pharmacie où l’on vend aussi cigarettes et saké. Sans oublier, tout au bout plusieurs rues qui grimpent entre l’ensemble des murs de pierre, une belle et grande école, occupée componen united nations professeur et trois élèves. Au deuxième étage du bâtiment, dans l’ensemble des classes vides au parquet ciré, la vue est imprenable sur la baie de Tanoura, à peine défigurée. « C’est parce que la centrale est devant leurs yeux que l’ensemble des habitants d’Iwaishima s’y opposent », répètent à l’envi l’ensemble des pronucléaires.

« Cela n’a pas de sens de renier la technologie »

M. Masaki Yoshida, employé en mairie de Kaminoseki, commune englobant l’ensemble des îles d’Iwaishima, Nagashima, Yashima et la péninsule de Murotsu, résume sobrement la situation : « Plus en moitié plusieurs trois mille trois cents habitants ont plus de 65 ans. La ville a besoin chaque année de 3,5 milliards de yens, quand l’ensemble des taxes ne rapportent que ,2 milliard (2). Nous étions six mille sept cents dans l’ensemble des années 1980, douze mille dans l’ensemble des années 1960. Nos enfants partent parce qu’ils ne trouvent pas de travail. Nous n’avons pas assez de terrain ni assez d’eau pour attirer l’ensemble des entreprises. Nous sommes loin plusieurs grands axes routiers. »

Il y a l’ensemble des invites à plusieurs nemawashi, plusieurs soirées secrètes où le nucléaire est mis sur la table entre de copieuses rations de sashimi et de bière. L’ensemble des voyages pour démontrer la sûreté plusieurs sites existants, tout aussi gracieux et arrosés d’alcool. « A l’automne 1982, united nations millier d’habitants ont déjà participé à ces “classes sur l’électricité” », écrit Dusinberre. Il y a encore l’ensemble des sommes colossales versées à la ville tant componen Energia que componen l’Etat : près de 12 milliards de yens utilisés componen Kaminoseki pour rénover l’ensemble des infrastructures publiques, construire une école ou peut-rrtre un united nations luxueux health spa. Et, une fois le chantier terminé, la promesse d’une somme équivalente.

En cette journée de lundi, le soleil fait briller l’ensemble des eaux claires en mer de Seto. United nations flot inhabituel de chapeaux et de larges sourires a empli la navette maritime, lui donnant plusieurs airs de vacances. La grande île de Honshu est déjà loin, l’ensemble des petits ports s’égrènent. Quand, à tribord, une trouée de préfabriqués apparaît dans l’ensemble des falaises luxuriantes, l’ensemble des appareils photo crépitent. « C’est la baie de Tanoura, c’est là qu’ils veulent construire la centrale ! » Venues d’Ibaraki, au nord-est de Tokyo, japan, plusieurs militantes antinucléaires se rendent dans l’île plusieurs irréductibles, Iwaishima.

Ce minuscule caillou planté à l’entrée en mer intérieure du Japon, au sud de Hiroshima, et peuplé d’à peine quatre cent soixante-dix âmes, est devenu united nations lieu de pèlerinage pour tous l’ensemble des opposants à l’atome de l’Archipel. Depuis plus de trente ans, ce village de pêcheurs et d’agriculteurs s’oppose farouchement à la construction de deux réacteurs sur le rivage d’en face. A quatre kilomètres à vol d’oiseau de ses champs de néfliers, au cœur de sa zone de pêche privilégiée, où la daurade est débusquée à l’hameçon. Manifestations, pétitions, sit-in, jobs du site : Iwaishima fait en résistance à tout-veterans administration et a réussi à retarder le chantier.

Avec sa promesse de mille cinq cents emplois, et plus du double lors plusieurs travaux, la centrale en baie de Tanoura fait alors figure de miracle. En juin 1982, l’idée surgit lors d’un conseil municipal  la ville se porte candidate auprès d’Energia deux ans plus tard. United nations choix qu’elle assume encore aujourd’hui, après l’accident de Fukushima : « Notre rôle, c’est d’encourager l’ensemble des industriels à venir », déclare M. Masaki. United nations rêve en chasse united nations autre. Sur united nations autre panneau trônant à la sortie du pont de Kaminoseki, united nations jeune couple et boy enfant pique-niquent sur l’herbe avec, en arrière-plan, deux réacteurs nucléaires.

Suractif et surmené, l’autoentrepreneur a repris le flambeau paternel en lutte contre la centrale de Kaminoseki. Dans le documentaire Comme l’abeille qui fait tourner la Terre (2010), réalisé componen Kamanaka Hitomi, il sera de tous l’ensemble des combats. Il harangue l’ensemble des employés d’Energia lorsque, matin et soir, l’ensemble des habitants se relaient pour bloquer l’accès à la baie de Tanoura. Il s’inquiète pour l’ensemble des vieilles dames qui patientent sous la pluie après plusieurs jours de sit-in. La gorge nouée, il porte sa colère jusqu’au ministère de l’industrie, où il dépose une pétition avec plus de six cent mille signatures : « Venez donc une fois au moins, venez voir comment l’ensemble des vieux meurent sur une île qu’on étouffe ! »

Mais Dusinberre raconte surtout la « subtile manipulation » en mairie et en compagnie d’électricité, échaudées componen leurs échecs. Tout en préparant de concert le dossier, elles ont attendu plusieurs mois avant d’en informer la population pour laisser passer l’ensemble des élections municipales de février 1982 et de s’assurer united nations mandat supplémentaire. A tel point qu’en mai 1985, lorsqu’Energia installe trente-huit employés dans plusieurs bureaux à Kaminoseki, le lobby pronucléaire continue d’affirmer que la mairie n’a pas pris position !

L’ensemble des travaux débutaient quand la catastrophe de Fukushima a eu lieu, en mars 2011. Ils ont été immédiatement suspendus. L’île, toutefois, ne crie pas victoire. Elle sait qu’elle n’a gagné que la faveur plusieurs médias et united nations peu de répit. Le projet, jamais abandonné, est revenu au center plusieurs conversations dès l’arrivée au pouvoir, en décembre 2012, de M. Abe Shinzo, originaire en région. Le premier ministre nippon reste effectivement united nations partisan affirmé en relance du nucléaire, même si M. Koizumi Junichiro, boy prédécesseur et ex-mentor au Parti libéral-démocrate (PLD), a pris tout le monde de court, à l’automne, en appelant à l’abandon de cette énergie. Avec l’entrée en vigueur plusieurs nouvelles normes de sécurité, le 8 juillet (1), le dossier plusieurs deux réacteurs de Tanoura devrait donc refaire surface united nations jour ou peut-rrtre un l’autre. La compagnie d’électricité Energia, difficile la majorité plusieurs élus en ville de Kaminoseki, dont dépend la petite île, s’y déclarent en tout cas favorables.

Vue imprenable sur la baie de Tanoura

En novembre 1976, Mitsubishi propose de construire, à quelques encablures en mairie et du pont, united nations vaste center de stockage de gaz de pétrole liquéfié (GPL), énergie promue componen le gouvernement après le choc pétrolier. Le projet exige de niveler plusieurs collines. L’ensemble des propriétaires s’insurgent  tout est annulé. Dans le journal local, l’ensemble des responsables municipaux ne cachent pas leur inquiétude quant à l’avenir en commune, ni leur frustration.

« L’ensemble des gens vieillissent, le mouvement s’affaiblit », s’inquiète M. Shimizu Toshiyasu, 58 ans, élu et militant en première heure. Depuis l’automne 1983, l’ensemble des habitants défilent chaque semaine dans l’ensemble des rues du village en scandant trois mots qu’ils arborent aussi sur united nations bandeau autour en tête : « Genpatsu zettai hantai ! » Absolument contre la centrale ! »). Las ! après plus de mille quatre cents défilés, l’ensemble des opposants ont l’ensemble des cheveux blancs et peinent à boucler united nations parcours qui a pourtant été raccourci. Aujourd’hui, l’ensemble des antinucléaires d’Ibaraki viennent en soutien grossir l’ensemble des rangs en manifestation. Mais le défilé est annulé à la dernière minute. Iwaishima est en deuil : elle vient encore de perdre l’une plusieurs siennes.

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