La justice libanaise a autorisé, le mercredi 8 juillet 2026, la libération sous caution du chanteur Fadel Chaker. Le tribunal militaire permanent, dirigé par le brigadier général Wassim Fayad, a validé son élargissement dans quatre affaires de sécurité, dont la plus emblématique est le dossier d’Abra, selon les informations rapportées par l’Agence nationale pour l’information.
Les conditions financières de la libération de Fadel Chaker
La sortie de prison de l’artiste, détenu depuis neuf mois, est conditionnée par le paiement de cautions spécifiques pour chaque dossier judiciaire. Le montant total reflète la gravité des accusations pesant sur l’homme, dont le nom civil est Fadel Chmender.

| Dossier | Montant de la caution (Lires libanaises) | Équivalent approximatif (USD) |
|---|---|---|
| Trois dossiers de sécurité | 100 millions par dossier | 1 100 $ par dossier |
| Dossier d’Abra | 200 millions | 2 200 $ |
Le chanteur devait quitter la prison du ministère de la Défense dès ce mercredi, une fois les fonds versés par son équipe juridique. Toutefois, l’issue n’était pas totalement acquise : le juge Claude Ghanem, commissaire du gouvernement auprès du tribunal militaire, a accepté la libération pour trois dossiers, mais continue d’examiner la possibilité de faire appel concernant le dossier d’Abra.
Le dossier d’Abra : entre accusations et dénis
Le cœur du litige remonte à juin 2013. Des affrontements sanglants ont éclaté à Abra, près de la ville de Sidon, entre l’armée libanaise et les partisans du cheikh sunnite Ahmed Al-Assir. Ces combats, déclenchés par l’attaque d’un poste militaire, ont fait 18 morts chez les militaires et 11 chez les insurgés.

Fadel Chaker, qui s’était éloigné de son image de crooner romantique pour se rapprocher d’Al-Assir et de son discours hostile au Hezbollah, a été accusé de participation à la formation d’un groupe armé visant à troubler la sécurité de l’État. Il a également été mis en cause pour avoir tenu des propos jugés offensants envers un pays frère, en référence au régime de Bachar Al-Assad en Syrie après le début du conflit en 2011.
La cour militaire permanente, présidée par le brigadier général Wassim Fayad, a accepté de libérer l’artiste Fadel Chaker dans les quatre affaires de sécurité engagées contre lui, dont la plus importante est connue sous le nom de ‘dossier d’Abra’.Source judiciaire, via France 24
L’artiste a toujours nié toute implication directe dans les combats. Ses avocats ont insisté sur le fait qu’il n’a jamais ouvert le feu sur les soldats de l’armée libanaise ni financé le groupe d’Al-Assir. Cette ligne de défense a porté ses fruits en mai dernier, lorsque la cour criminelle de Beyrouth l’a acquitté d’une tentative de meurtre visant un responsable local lié au Hezbollah.
Une santé fragile et un contexte politique mouvant
Le tribunal a pris en compte deux facteurs déterminants pour accorder cette libération. Le premier est d’ordre juridique : des témoignages d’officiers de l’armée n’ont pas permis d’établir la participation active de Chaker aux combats ou son rôle de financeur.

Le second facteur est médical. L’état de santé du chanteur s’est dégradé, nécessitant son transfert à l’hôpital militaire. Les rapports font état de complications liées au diabète, à des problèmes de vue et à l’obstruction de certaines artères.
Cette décision intervient après un parcours marqué par la clandestinité. Fadel Chaker a passé plus d’une décennie caché dans le camp d’Ain al-Hilweh, le plus grand camp de réfugiés palestiniens du Liban, avant de se rendre volontairement à l’armée le 5 octobre 2025. Ce choix a été motivé par un changement des équilibres politiques au Liban et un recul de l’influence du Hezbollah au sein des institutions judiciaires.
L’ombre d’Ahmed Al-Assir et le retour à la musique
Le destin de Fadel Chaker reste lié à celui d’Ahmed Al-Assir. Alors que le chanteur obtient aujourd’hui une libération sous caution, le cheikh Al-Assir a été arrêté en 2015 lors d’une tentative de fuite par l’aéroport de Beyrouth et a été condamné à mort en 2017.
Sur le plan artistique, Chaker a tenté un retour progressif. Après avoir officiellement cessé sa carrière en 2012, il a continué à chanter depuis le camp d’Ain al-Hilweh. Quelques mois avant de se rendre aux autorités, il a publié de nouveaux titres qui ont généré des centaines de millions de vues, prouvant que son influence culturelle persistait malgré son isolement politique et judiciaire.
Si la libération physique est actée, le dossier juridique n’est pas totalement clos. Chaker reste sous surveillance judiciaire et doit répondre aux charges restantes, bien que la pression semble s’alléger. L’enjeu sera désormais de savoir si cet élargissement marquera la fin définitive de son calvaire judiciaire ou s’il restera un otage des tensions politiques libanaises.
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