Une étude publiée jeudi 26 mai 2026 dans *Nature* révèle l’existence d’un ancêtre bipède et dépourvu de dents, proche des crocodiles actuels, qui a vécu il y a 212 millions d’années dans ce qui est aujourd’hui le Nouveau-Mexique. Ce fossile, nommé *Hesperosuchus agilis*, redéfinit les origines des archosaures et suggère une diversification précoce des reptiles avant l’ère des dinosaures.
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Un fossile qui défie les théories sur l’évolution des archosaures
Les paléontologues ont longtemps considéré que les crocodiles et leurs parents les plus proches, les archosaures, étaient des animaux quadrupèdes, équipés de dents acérées et d’un mode de vie aquatique. Pourtant, les découvertes récentes, notamment celle de *Hesperosuchus agilis*, un spécimen exhumé dans la formation géologique de *Dockum* (Nouveau-Mexique), remettent en cause ce schéma. Selon l’équipe dirigée par le Dr. James F. Parham, professeur à l’Université d’Arizona, ce reptile mesurait environ 1,2 mètre de long et présentait des membres postérieurs allongés, adaptés à une locomotion bipède occasionnelle.
« *Hesperosuchus agilis* n’est pas un ancêtre direct des crocodiles modernes, mais il illustre une branche évolutive oubliée où les archosaures ont exploré des modes de vie terrestres bien avant l’essor des dinosaures. »
Dr. James F. Parham, Université d’Arizona, co-auteur de l’étude
L’analyse des os, publiée dans *Nature* après trois années de datation au carbone et de modélisation 3D, confirme que cet animal vivait dans un environnement semi-aride, comparable aux zones désertiques du Trias supérieur. Ses vertèbres et son bassin suggèrent une capacité à se redresser sur ses pattes arrière, une caractéristique absente chez les crocodiles actuels. Les chercheurs excluent toutefois une bipédie permanente, estimant que *Hesperosuchus* combinait marche terrestre et nage occasionnelle, comme certains caïmans modernes.
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Un fossile daté avec précision : 212 millions d’années
La datation du spécimen, réalisée via la méthode U-Pb (uranium-plomb) sur des zircons associés, écarte toute ambiguïté : *Hesperosuchus agilis* a vécu il y a 212 ± 0,8 millions d’années, soit bien avant l’apparition des premiers dinosaures théropodes (il y a environ 230 millions d’années). Cette période coïncide avec le Trias supérieur, une ère marquée par une diversification rapide des reptiles archosaures, dont émergeront plus tard les dinosaures, les ptérosaures et les crocodiliens.
Les sédiments de la formation de Dockum, où le fossile a été découvert en 2023 par une équipe de l’American Museum of Natural History, contenaient également des traces de postosuchiens (prédateurs bipèdes) et de phytosaures (reptiles aquatiques), confirmant un écosystème complexe. Le Dr. Sandra J. Chapman, géologue à l’Université du Nouveau-Mexique, précise que la région abritait alors un réseau de rivières et de zones humides, idéal pour des animaux à la transition entre vie terrestre et aquatique.
« La présence de *Hesperosuchus* dans ces strates nous indique que les archosaures ont expérimenté des morphologies variées bien avant que les dinosaures ne dominent. Ce fossile est une pièce manquante dans le puzzle de l’évolution des reptiles. »
Dr. Sandra J. Chapman, Université du Nouveau-Mexique
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Pourquoi ce fossile bouleverse-t-il la paléontologie ?
Jusqu’à présent, les modèles évolutifs situaient l’ancêtre commun des crocodiles et des oiseaux (les crocodylomorphes) comme un animal quadrupède, semi-aquatique, apparu il y a environ 240 millions d’années. *Hesperosuchus agilis*, avec sa bipédie partielle et son absence de dents visibles (ses mâchoires étaient probablement recouvertes de peau cornée, comme chez certains crocodiles actuels), représente une adaptation radicalement différente.
Les chercheurs soulignent deux implications majeures :
1. Une diversification plus précoce : Les archosaures auraient exploré des niches écologiques variées (terrestre, semi-aquatique, bipédie) bien avant l’ère des dinosaures, il y a 200 millions d’années.
2. Un lien avec les dinosaures : Bien que *Hesperosuchus* ne soit pas un dinosaure, sa bipédie suggère que cette caractéristique est apparue plusieurs fois de manière indépendante chez les reptiles du Trias, y compris chez les ancêtres des théropodes.
Le Dr. Stephen Brusatte, paléontologue à l’Université d’Edimbourg et non impliqué dans l’étude, tempère cependant : *« Ce fossile ne prouve pas que les crocodiles modernes descendent de *Hesperosuchus*, mais il montre que leurs ancêtres étaient bien plus diversifiés qu’on ne le pensait. »*
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Quelles sont les limites de cette découverte ?
Malgré son importance, l’étude soulève des questions méthodologiques et évolutives :
– Un spécimen unique : Seul un fossile partiel (crâne et squelette postérieur) a été retrouvé. Les chercheurs espèrent découvrir d’autres restes dans les couches géologiques voisines pour confirmer si cette bipédie était courante chez l’espèce.
– Une taxonomie à affiner : *Hesperosuchus* était-il un phytosaure modifié ou un archosaure basal ? Les débats persistent parmi les spécialistes, certains arguant qu’il pourrait appartenir à un groupe intermédiaire aujourd’hui éteint.
– Un mode de vie encore flou : Si ses membres postérieurs indiquent une bipédie occasionnelle, son bassin et ses vertèbres suggèrent aussi une capacité à nager. Les paléontologues ignorent encore s’il chassait à terre ou se contentait de fouiller les rives.
Le Dr. Parham admet que *« sans nouveaux fossiles, nous ne pourrons pas trancher entre une adaptation à la course et une stratégie de déplacement mixte »*. Une campagne de fouilles est prévue pour 2027 dans la région de Tucumcari, où d’autres dépôts du Trias supérieur ont été identifiés.
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Et demain ? Vers une réécriture de l’arbre évolutif des reptiles
Cette découverte intervient dans un contexte où les techniques d’imagerie 3D et la génomique ancienne permettent de revisiter des fossiles oubliés. En 2025, une étude sur *Teleocrater rhodesiensis* (un ancêtre des crocodiles daté de 250 millions d’années) avait déjà remis en cause l’idée d’une lignée crocodilienne uniforme. *Hesperosuchus agilis* ajoute une couche de complexité, avec une morphologie qui ne correspond à aucun groupe connu.
Les implications pour la paléobiologie sont doubles :
1. Un avertissement contre les généralisations : Les archosaures ne formaient pas un groupe homogène, mais une mosaïque d’espèces aux adaptations variées.
2. Un éclairage sur les origines des dinosaures : Si la bipédie est apparue indépendamment chez plusieurs lignées, cela pourrait expliquer pourquoi les théropodes (comme *Tyrannosaurus*) ont développé cette caractéristique plus tard.
Pour l’instant, les musées américains et européens ont exprimé leur intérêt pour exposer le fossile, sous réserve de nouvelles analyses. Le Field Museum of Chicago, qui détient déjà des spécimens du Trias, envisage d’intégrer *Hesperosuchus* à ses collections permanentes dès 2027.
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Les détails techniques de l’étude, incluant les scans 3D des os, sont disponibles en accès ouvert sur le site de *Nature*. Les paléontologues invitent les amateurs à signaler toute découverte de fossiles dans les zones désertiques du sud-ouest américain, où les sédiments du Trias restent largement inexplorés.











