Une action collective a été intentée contre les fabricants du rince-bouche Listerine Cool Mint, Johnson & Johnson Consumer Inc.et Kenvue inc., en septembre 2024. La plainte, déposée devant le tribunal de district des États-Unis, allègue que les entreprises ont dissimulé des risques potentiels pour la santé liés à l’utilisation régulière du produit. Cette affaire a suscité un débat intense sur la sécurité des produits de consommation courante, l’éthique des entreprises et le rôle de la réglementation gouvernementale dans la protection des citoyens.
L’origine du conflit : une étude alarmante
La base de l’action en justice repose sur une étude publiée dans le Journal of Medical Microbiology en juin 2024. Cette étude a examiné les effets de l’utilisation quotidienne de listerine Cool Mint sur le microbiome oral. Les résultats ont révélé que le rince-bouche élimine à la fois les bactéries bénéfiques et nuisibles, ce qui peut perturber considérablement l’équilibre du microbiome oral.Cette perturbation peut entraîner la prolifération incontrôlée de deux bactéries particulièrement dangereuses : Fusobacterium nucleatum et Streptococcus anginosus. Ces bactéries ont été associées à des maladies graves telles que le cancer colorectal,le cancer de l’œsophage et les maladies parodontales.
L’étude,un essai clinique contrôlé et randomisé,a inclus 59 participants. Après trois mois d’utilisation quotidienne du rince-bouche, une augmentation significative de l’abondance de ces bactéries opportunistes a été observée. Bien que l’étude n’établisse pas de lien de causalité direct entre Listerine Cool Mint et le cancer, ses conclusions ont suffi à remettre en question la sécurité du produit.
L’argument juridique
Les avocats soutiennent que Johnson & Johnson n’a pas suffisamment averti les consommateurs des risques potentiels liés à l’utilisation continue du produit. L’étiquette du rince-bouche mentionne des précautions de base,comme éviter l’ingestion ou le garder hors de portée des enfants de moins de 12 ans.
Cependant, elle ne fournit aucune data sur les effets indésirables potentiels liés au microbiome oral.
L’action en justice accuse également les entreprises de privilégier les profits à la sécurité des consommateurs. Selon les documents juridiques, les entreprises auraient délibérément ignoré les recherches scientifiques émergentes afin de maintenir leur position dominante sur le marché.
Ce type de comportement d’entreprise s’inscrit dans un contexte plus large où les réglementations gouvernementales sont souvent insuffisantes pour protéger les citoyens contre les pratiques commerciales douteuses.
La réponse de Johnson & Johnson
Johnson & Johnson a catégoriquement nié les accusations. Dans une déclaration officielle, l’entreprise a affirmé que Listerine Cool Mint est sûr lorsqu’il est utilisé conformément aux instructions et a souligné que sa sécurité est étayée par plus de 100 ans de recherche évaluée par des pairs.
De plus, ils ont souligné que les recherches scientifiques actuelles n’ont pas démontré de lien concluant entre leur produit et le cancer.
La société a également souligné qu’elle effectue des évaluations constantes pour garantir la sécurité et l’efficacité de ses produits. Selon leur déclaration, les effets indésirables liés à Listerine sont extrêmement rares et comparables à ceux signalés avec le brossage des dents conventionnel.
Il est crucial de noter que ce type de grandes entreprises tient souvent le même discours lorsqu’un de leurs produits est remis en question. Johnson & Johnson a fait face à de nombreuses actions en justice liées à la sécurité de ses produits. voici quelques cas notables :
Poudre de talc et cancer : En 2017, Johnson & Johnson a été condamnée à verser 353 millions d’euros dans une affaire qui liait sa poudre de talc au cancer de l’ovaire chez une femme. Cette décision s’ajoutait à un autre jugement antérieur dans lequel la société avait dû verser 72 millions de dollars à la famille d’une femme décédée de la même cause.Les plaintes alléguaient que J&J n’avait pas suffisamment mis en garde contre les risques liés à l’amiante présent dans ses produits.
Mailles vaginales : Des informations ont également circulé sur les dommages causés par les implants de mailles vaginales fabriqués par J&J. Ces prothèses, utilisées pour traiter l’incontinence urinaire et les problèmes pelviens, ont généré des milliers de poursuites en raison d’effets secondaires graves, tels que des douleurs chroniques et des complications postopératoires. Au Royaume-Uni, plus de 800 femmes ont intenté des actions collectives contre l’entreprise.
Ces exemples soulignent un historique problématique concernant la sécurité des produits et le manque d’avertissements clairs de la part de Johnson & Johnson. Ces affaires reflètent une stratégie d’entreprise qui privilégie les profits à la santé publique, laissant les consommateurs sans protection face aux risques potentiels.
Un débat plus large : santé publique ou marketing
Cette affaire a mis en lumière des questions fondamentales sur la manière dont les produits qui affectent directement la santé publique sont commercialisés. Listerine Cool Mint est présenté comme un produit capable d’éliminer 99 % des bactéries responsables de la mauvaise haleine et de la gingivite.
Cependant, cette affirmation omet des nuances importantes : toutes les bactéries ne sont pas nuisibles, et leur élimination indiscriminée peut avoir des conséquences négatives.
De plus, cette affaire met en évidence les limites du système réglementaire américain pour garantir la transparence des produits largement consommés. Bien qu’il s’agisse de l’un des produits les plus étudiés de sa catégorie, Listerine Cool mint n’est pas tenu d’inclure des avertissements détaillés sur ses risques microbiologiques potentiels.
L’impact potentiel de l’affaire
Bien qu’il n’y ait pas encore de verdict définitif, cette affaire pourrait avoir des implications importantes pour Johnson & Johnson et d’autres entreprises du secteur. Une résolution favorable aux plaignants pourrait obliger les entreprises à inclure des avertissements plus explicites sur leurs étiquettes et à revoir leurs stratégies publicitaires. De plus, cela pourrait ouvrir la voie à davantage de litiges liés à des produits similaires.
D’autre part, cette affaire pourrait également sensibiliser davantage les consommateurs à l’importance d’évaluer de manière critique les produits qu’ils utilisent quotidiennement. En fin de compte, cela pourrait servir de catalyseur à des réformes réglementaires qui privilégient la santé publique aux intérêts des entreprises.
L’action collective contre Listerine Cool Mint ne remet pas seulement en question la sécurité du produit en question,mais soulève également des questions plus larges sur la responsabilité des entreprises et l’efficacité du système réglementaire actuel. Alors que l’affaire progresse devant les tribunaux, elle restera un rappel puissant que même les produits les plus courants peuvent présenter des risques cachés qui méritent d’être étudiés avec rigueur scientifique et transparence éthique.