“Le numérique a bondi pendant plusieurs années avec le confinement”, explique le Medef

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Bonne nouvelle dans le ciel sombre de l’économie française. La crise sanitaire de Covid-19 et le rapatriement forcé au domicile ont bouleversé les habitudes de travail et ouvert de nouveaux projets pour nos usages numériques.

Télétravail, digitalisation et cyberattaques… Christian Poyau, président de la Commission des changements technologiques et des impacts sociétaux du Medef, dresse un premier constat.

/ DR / Medef

Quelle évaluation les entreprises font-elles du confinement?

Christian Poyau. Les outils numériques étaient essentiels pour optimiser le fonctionnement à distance. Imaginez la même crise il y a 10 ans, elle aurait été bien pire car la communication, les téléconférences ou le télétravail auraient été plus compliqués. Des solutions technologiques européennes ont vu le jour, aux côtés des poids lourds américains, comme la plateforme vidéo LiveStorm. Ces outils étaient un palliatif pour atténuer les effets sur la santé économique.

Pour faire face à cette nouvelle donne, des entreprises qui n’existaient pas dans le e-commerce s’y sont précipitées et d’autres ont mis en place des outils de télétravail sans pouvoir réfléchir beaucoup. Enfin, d’autres entreprises ont réalisé qu’elles ne pouvaient pas tout externaliser, notamment en raison des risques trop élevés en termes de cybersécurité.

Les cyberattaques ont considérablement augmenté au cours de cette période. La numérisation soudaine de l’économie française a cependant eu des impacts plus positifs que les menaces à la sécurité. Le numérique a bondi depuis plusieurs années grâce à cette crise.

Quelles ont été les directives émises à vos membres pour réduire ces «cyber» risques?

Aucune mesure ne peut résoudre 100% des problèmes. Nous leur conseillons de mettre en place des moyens de prévention mais aussi de revenir à la normale en cas d’attaque car vous en aurez et vous ne pourrez jamais être entièrement couvert, c’est illusoire. Il existe des risques pour toutes les entreprises, y compris les grandes structures. Mais nous ne devons pas être paralysés par cette menace. La période actuelle permet également de les sensibiliser encore plus à la télécommande qui inclut la cybersécurité.

Quels types d’attaques les entreprises françaises ont-elles ciblées lors du confinement?

Il y en a deux qui sont devenus basiques: les rançongiciels et la fraude présidentielle. Ce dernier existait déjà bien avant le Covid-19 et passe par de faux bons de commande ou détourne des paiements à d’autres sociétés. L’autre est plus sophistiqué avec des tentatives d’amateurs et celles de réseaux structurés de délinquants.

Nous avons reçu de nombreuses demandes d’assistance, bien qu’il y ait une forme d’omerta des entrepreneurs concernés. Leur priorité est de résoudre le problème en interne et d’avertir les autorités, notamment en cas de fuite de données. La pire solution est d’essayer de tout gérer de votre côté en vous repliant sur vous-même.

Le grand public étant de plus en plus conscient de ces enjeux, certaines marques jouent la carte de l’ouverture et de la transparence lors d’un hack en expliquant comment elles ont résolu le problème.

Que pensent les entreprises du boom du télétravail?

C’est un sentiment partagé car il y avait dans certaines entreprises de très fortes réticences avant la crise sanitaire et d’autres qui étaient déjà à près de 100% dans le télétravail. Les patrons ont donc compris que ce n’était pas le diable et qu’il pouvait avoir des vertus d’efficacité, notamment en économisant du temps de trajet.

À l’inverse, d’autres ont constaté que le travail à distance à temps plein pouvait également présenter des inconvénients en termes d’efficacité ou plus simplement de relations humaines. Il a considérablement progressé mais ce n’est pas la solution ultime pour toutes les entreprises.

Existe-t-il une véritable fracture numérique entre les entreprises, notamment pour les connexions Internet?

Les réseaux télécoms ont bien résisté car les acteurs du secteur ont bien fait leur travail dans l’urgence d’une forte augmentation du trafic. En revanche, cette crise a mis encore plus en évidence une fracture, qui existait déjà, sur les capacités d’accès à ces réseaux. C’est un sujet que la France doit aborder rapidement. Si vous n’avez pas l’infrastructure, vous ne pouvez pas travailler. Le déploiement du haut débit par fibre optique, amorcé il y a près de 10 ans, ne progresse pas assez vite avec des zones rurales négligées qui en ont pourtant vraiment besoin.

Il est également impératif de reprendre le déploiement du réseau mobile 5G le plus tôt possible car nous étions déjà en retard au niveau européen et nous continuons à accumuler avec la crise de Covid-19. Ce sujet est majeur pour le programme de relance économique et est dû à la volonté politique.

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