Une proportion de la population protégée par les coronavirus responsables du rhume

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Les coronavirus responsables du rhume protègent contre le COVID-19, selon plusieurs études. Il est encore trop tôt pour savoir quelle proportion de la population pourrait être protégée de cette manière, et le niveau de cette protection, mais cette «immunité croisée» pourrait expliquer la faible proportion de la population qui a des anticorps anti-COVID-19.


Publié le 13 juillet 2020 à 5h00

Mathieu PerreaultMathieu Perreault
La presse

“L’immunité croisée ne semble pas empêcher l’infection, mais elle semble diminuer la gravité du COVID-19”, a déclaré Alessandro Sette, un biologiste californien qui a publié l’une des premières preuves d’immunité croisée en mai.

Dans la revue Cellule, le Dr Sette a ensuite montré que la moitié d’un groupe d’échantillons de sang prélevés en 2015, bien avant l’apparition de COVID-19, avait une réponse immunitaire au SRAS-CoV-2, le virus responsable de cette pandémie. “On pense que cette immunité croisée est due aux coronavirus froids”, a déclaré le chercheur de l’Institut La Jolla pour l’immunologie à San Diego.

Cette immunité croisée n’implique pas d’anticorps, le principal soldat du système immunitaire, mais plutôt des “cellules T auxiliaires”, également appelées TCD4, une molécule du système immunitaire qui organise l’activité des anticorps. “TCD4 a une petite activité antivirale, qui est probablement responsable de l’immunité croisée entre les coronavirus froids et le SRAS-CoV-2”, explique le Dr Ensemble.

Bébés bulles

«Nous sommes dans la spéculation, mais une douzaine de groupes dans différents pays ont tous eu des résultats qui indiquent une immunité croisée avec la TCD4, dit Dr Sette. Par exemple, les Italiens ont montré que les bébés à bulles, incapables de produire des anticorps, combattent avec succès le COVID-19. Et certains Suédois ont montré que les patients qui ont eu COVID-19, mais peu ou pas de symptômes, ont par la suite peu ou pas d’anticorps contre le SRAS-CoV-2, mais une forte réaction de TCD4. Nous avions également observé un phénomène similaire associé à la TCD4 avec la grippe porcine H1N1: les adultes d’un certain âge présentaient moins de symptômes car une souche H1N1 avait circulé jusqu’en 1950, donc 60 ans avant la pandémie H1N1. ”

PHOTO FOURNIE PAR L’INSTITUT D’IMMUNOLOGIE LA JOLLA

Alessandro Sette, biologiste

Une étude française publiée cette semaine sur le site de prépublication scientifique MedRxiv, qui a conclu que l’immunité croisée n’existe pas, ajoute paradoxalement de l’eau au moulin de l’hypothèse de l’immunité croisée TCD4. Des chercheurs français ont découvert que la proportion d’enfants ayant des anticorps contre les coronavirus froids était similaire dans un groupe avec un test COVID-19 positif et dans un groupe avec un test négatif.

Vaccins

Quelle est l’implication de cette immunité croisée pour la santé publique? “Je pense que cela pourrait avoir un impact particulier sur le développement d’un vaccin”, explique Dr Sette. S’il y a beaucoup plus de personnes protégées par la TCD4 générée par les coronavirus froids dans un essai clinique, on pourrait penser à tort qu’un vaccin fonctionne quand il ne l’est pas. ”

Le Dr Sette pense en outre que cette immunité croisée pourrait amener un patient asymptomatique à récupérer du COVID-19 sans développer d’anticorps.

Cela pourrait expliquer pourquoi les études sérologiques (sanguines), jusqu’à présent, montrent qu’une très faible proportion de la population a des anticorps contre le SRAS-CoV-2 – par exemple 5,5% à la mi-mai dans les pays à faible niveau.

Un patient qui a résisté au COVID-19 sans symptômes et sans anticorps, grâce à l’immunité croisée de TCD4 générée par les coronavirus froids, ne serait pas nécessairement protégé contre une deuxième infection par le SRAS-CoV-2, selon le Dr Sette. Un patient présentant des anticorps anti-SRAS-CoV-2, après avoir durci COVID-19, devrait normalement être immunisé pendant au moins quelques mois. Dans le cas du SRAS-CoV-1, responsable de l’épidémie de SRAS en 2003, l’immunité a duré plus d’un an, selon des études.

Comment sera-t-il possible de confirmer l’existence d’une immunité croisée basée sur la TCD4?

«La seule façon serait une étude prospective évaluant la présence de TCD4 réagissant aux coronavirus froids chez des patients qui n’ont jamais été infectés par le SRAS-CoV-2, explique Dr Sette. Ensuite, nous les suivions et nous voyions leur risque d’être infecté par le SRAS-CoV-2 et la gravité de leur maladie. Mais une telle étude serait compliquée en raison de multiples facteurs de confusion. Par exemple, il serait difficile de certifier qu’une personne qui n’a pas d’anticorps contre le SRAS-CoV-2 n’a pas été infectée mais protégée par la TCD4 générée par les coronavirus froids. Il est également possible qu’un participant soit infecté par un coronavirus froid en cours de route, puis protégé contre les graves COVID-19.

En chiffres

200: nombre de virus responsables des rhumes

26%: pourcentage de rhumes causés par quatre coronavirus

4 à 6: nombre de rhumes dont un adulte souffre chaque année

Sources : British Medical Journal, CFP

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